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Trépasser dans le journal. Régimes quotidiens d’une figure de l’altérité (comparaison entre 1882 et 2014)

Maud Fontaine

Résumé : Cette communication propose d’interroger les médiations journalistiques de l’altérité à travers ce que nous considèrerons être l'une de ses figures : le trépas, comme passage de la vie à la mort des hommes. Cette recherche s’inscrit dans une perspective généalogique des représentations du trépas, mise en œuvre grâce à une analyse comparative entre deux années - 1882 et 2014 – qui permet de saisir le journalisme dans son processus d’institutionnalisation. Elle s’appuie sur un travail doctoral en sciences de l'information et de la communication qui met en évidence l’existence de deux régimes de discours du trépas : un régime infra-ordinaire et un régime que nous qualifions, en regard, de « supra-ordinaire ». La cohabitation de ces deux régimes dans le journal permet d'interroger la place des savoirs et de l'information en journalisme, de questionner la fonction de « faire savoir » d’un média et contribue à poser la différence entre journalistique et médiatique. 

Mots clés : journalisme, média, médiations, processus, altérité, savoirs, non-savoirs, prétention informationnelle, format, sémiotique 

INTRODUCTION 

Ce texte est né d’un pari : analyser les représentations journalistiques de la mort permettrait d’en apprendre autant sur l’altérité que sur le journalisme. La mort peut en effet être considérée comme une figure de l’altérité (entendue au sens large de caractère de ce qui est autre) à double titre. D’une part, elle implique une rupture dans l’univers de l’expérience. Comme l’évoque Emmanuel Lévinas (1975), « la relation à mon propre mourir n’a pas le sens de savoir ou d’expérience – fût-ce au sens de pressentiment, de prescience. On ne sait pas, on ne peut assister à son anéantissement (si tant est que la mort soit anéantissement) […] ». D’autre part, la mort ne peut être partagée puisqu’elle implique la mort de l’être qui en fait l’expérience. C’est Ernst Wolff (2007) qui, en commentant l’œuvre d’Emmanuel Levinas, énonce que « ma mort est une altérité, dont la réalité est indéniable, mais dont on ne peut faire de phénoménologie. La mort est une « transcendance » […] qui restera à jamais étrangère à l’identité du moi ». Par ailleurs, si l’on admet avec Emmanuel Kant (1912 [1791]) que « toute connaissance spéculative de la raison se réduit aux seuls objets de l’expérience », alors il faut bien admettre que toute tentative de production de savoirs sur la mort est rendue impossible. Le trépas – entendu comme passage de la vie à la mort - ne peut constituer un objet de savoir  puisqu’il implique par définition, la disparition de l’être qui en fait l’expérience. L’expérience de la mort met donc particulièrement en danger une profession qui s’institutionnalise avec la revendication de produire et de faire circuler du fait vrai, de l’information, à savoir le journalisme. On peut donc se demander dans quelle mesure le journalisme parvient à écrire le trépas qui est un objet journalistique, sans se mettre en danger lui-même ? Comment informer sur une figure de l’altérité ?

Ce texte s’appuie sur une thèse en sciences de l’information et de la communication en cours de finalisation, reposant sur un corpus de 244 numéros de journaux. Nous proposons d’interroger les médiations du trépas comme figure de l’altérité à l’aune d’une étude des représentations mises en jeu au sein du journal, considéré comme symbole contemporain d’une information journalistique sérieuse et de qualité. Le journal est exploré ici dans une perspective généalogique et donc à travers une démarche d’éclairage du présent à partir du passé, par comparaison entre deux années : 1882 et 2014. Il s’agit donc de mettre en balance des représentations produites dans des contextes très différents : 1882, qui est une année durant laquelle le journalisme commence à s’institutionnaliser et une période de l’histoire médiatique où s’affirment la presse capitaliste et l’information de masse (Christian Delporte, 1999). L’année 2014 renvoie quant à elle à notre période actuelle, durant laquelle le journalisme est pleinement institutionnalisé et professionnalisé, en particulier depuis la reconnaissance du statut professionnel des journalistes en 1935. Nous nous intéresserons à deux titres nationaux pour chaque période : Le Petit Journal, populaire et bon marché et Le Figaro, plus mondain, pour l’année 1882 ; Le Figaro de nouveau avec une prise en compte de ses transformations, identifié aujourd’hui comme plutôt conservateur et Le Monde, considéré comme journal de référence ; tous deux appartenant à la presse quotidienne d’information générale et politique, pour l’année 2014. L’analyse communicationnelle que nous proposerons ici s’attachera à prendre en compte les signes dans leur inscription matérielle au sein de dispositifs ayant une identité éditoriale propre. Nous prendrons donc en compte à la fois le versant sémiotique et le versant logistique des signes (Y. Jeanneret, 2008) afin d’en proposer une analyse qualitative, d’ordre techno-sémiotique (Y. Jeanneret, E. Souchier, 2005).

Nous verrons dans un premier temps dans quelle mesure le trépas comme figure de l’altérité interroge le journalisme dans son institutionnalisation et mettrons en exergue la nécessité de réinterroger ce dernier comme produisant et faisant circuler des savoirs sur le monde. Nous verrons en seconde et troisième partie que le journalisme élabore deux types de régimes de discours du trépas : l’un étant un régime dit infra-ordinaire, expression de Georges Perec (1989) et reprise en sciences de l’information et de la communication par Emmanuël Souchier (1998) pour qualifier « ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l’évident, le commun, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, l’habituel […] ». Nous qualifierons l’autre régime de « supra-ordinaire » pour désigner ce qui, à l’inverse, est valorisé, mis en avant par les modes de signification de l’information en journalisme. Nous verrons ainsi en quoi la figure de l’altérité du trépas passe par des jeux de visibilité et d’invisibilité et des passages des savoirs aux valeurs dans le journal. 

LE TREPAS COMME FIGURE DE L’ETRANGETÉ : UN OBJET QUI INTERROGE LE PROCESSUS D’INSTITUTIONNALISATION DU JOURNALISME

Cette première partie insistera tout d’abord sur la fonction de « faire savoir » du journal et son rôle dans l’institutionnalisation du journalisme, pour mieux venir l’interroger par la suite. Nous montrerons dans quelle mesure cette fonction est en effet mise en péril par l’écriture du trépas comme figure de l’altérité, qui rend impossible a priori sa médiation comme fait vrai. Enfin, nous verrons en quoi le trépas interroge aussi bien le journalisme comme pouvoir qu’impuissance.

L’institutionnalisation du journalisme par le fait vrai

Parmi les étapes marquantes de l’institutionnalisation du journalisme que Christian Delporte (1999) situe entre 1880 et 1950, relevons celle du « passage d’un journalisme d’idées à un journalisme de faits », permise notamment par la naissance du reportage. C’est en effet et notamment avec la montée en puissance et la protocolisation d’un modèle objectif de l’information, que le journalisme s’institutionnalise peu à peu. Ce modèle objectif repose sur l’élaboration de « faits vrais » (Marie-Ève Thérenty, 2007), obéissant à un impératif d’actualité. Il soutient la prétention du journalisme à être un simple témoin ou encore le « témoin de témoin » pour reprendre une expression d’Anne Beyaert-Geslin (2009), qui dans le même temps, révèle le monde. Ce modèle objectif est soutenu par un régime du vraisemblable reposant sur l’« effet de réel » mis en évidence par Maurice Mouillaud et Jean-François Tétu (1989). L’enjeu de créer et de faire circuler des « faits vrais » est porté par le régime du vraisemblable auquel va notamment participer la photographie de reportage d’abord dans les hebdomadaires puis dans les quotidiens. Aussi la fonction de « faire savoir » du journal est-elle conditionnée par celle de « faire croire ».

Ajoutons à cela que le régime de l’information en journalisme fonctionne par la mise en œuvre d’une tension entre individuel et collectif. Le régime journalistique repose en effet sur une standardisation des expériences, alors que l’expérience est par définition singulière. Comme l’évoquent Maurice Mouillaud et Jean-François Tétu (1989), « l’expérience n’est pas reproductible. Elle est liée à un site, à un point de l’espace et à un moment du temps ». La standardisation des expériences obéit à un impératif communicationnel qu’Adeline Wrona (2012) a qualifié de « je-nous » médiatique. Celui-ci consiste à désingulariser les figures d’individus parce que l’écriture de ces dernières dans le journal obéit à un impératif communicationnel, répond à l’enjeu d’écrire pour des publics. Informer en journalisme se fait suivant des logiques d’actualité, de périodicité (pour le journal) mais aussi d’objectivité et d’exemplarité. De fait, le journalisme ne peut a priori laisser de place à la question de l’altérité. Toutefois et comme nous allons le voir, l’écriture du trépas nous semble venir interroger le journalisme.

Le trépas comme mise en péril du régime de l’information en journalisme

Contrairement aux approches postulant une désymbolisation de la mort dans la société, nous repérons une élaboration et une circulation massive du trépas dans les journaux et dans les médias d’une manière plus générale. Le trépas est omniprésent dans le journal ; à cet égard, on peut dire qu’il est un véritable objet journalistique et médiatique mettant en péril, par sa nature, le journalisme. Le trépas est en effet une figure de l’altérité à double titre : en tant que figure du non-savoir d’une part et en tant que figure du neutre, d’autre part. On peut en effet et tout d’abord définir le trépas comme figure du non-savoir ; la mort est « ce secret qui appartiendra à tout le monde », pour reprendre une expression célèbre de Claude Aveline. C’est aussi ce que souligne Vladimir Jankélévitch (1977) lorsqu’il énonce que « le caractère déconcertant et même vertigineux de la mort, […] tient lui-même à cette contradiction : d’une part un mystère qui a des dimensions métempiriques, c’est-à-dire infinies, ou mieux pas de dimension du tout, et d’autre part un événement familier qui advient dans l’empirie et s’accomplit parfois sous nos yeux ». Ainsi et selon lui, penser la mort ne peut s’opérer que dans le cadre d’une tension entre le caractère banal et le caractère étrange de la mort. Nous entretenons donc bien une relation avec la mort à travers la mort d’autrui ; néanmoins, celle-ci ne relève pas de l’ordre du savoir (E. Lévinas, 1975) et encore moins de celui du témoignage.

La seconde raison qui nous amène à envisager le trépas comme figure de l’altérité tient à ce qu’il est une figure du neutre. Le neutre sera ici envisagé au sens structural défini par Roland Barthes (1977-1978), c’est-à-dire « tout ce qui déjoue le paradigme » ou l’opposition. L’opposition que déjoue le trépas est celle fait en Occident entre la vie et la mort. Il est un entre-deux qui interdit les mécanismes journalistiques traitant habituellement de la vie et de la mort : le trépas ne peut être le sujet d’information d’une nécrologie telle qu’elle est constituée aujourd’hui et dont la vocation est d’annoncer la mort ; le trépas ne peut pas être non plus, a priori, le sujet d’un récit de vie. On peut donc supposer que le trépas dépend de formes médiatiques autres que celles habituellement mobilisées pour évoquer la vie et la mort, en tant que figure du neutre. Il est à ce titre une figure de l’altérité pour le journalisme qui le questionne dans ses propres fondements.

La prétention alèthurgique ou la mise en évidence d’une tension entre pouvoir et impuissance du journalisme par le trépas

Dans un cours au Collège de France qu’il donne en 1980 intitulé Du gouvernement des vivants, Michel Foucault définit l’information comme un régime de vérité, une alèthurgie c’est-à-dire « l’ensemble des procédés possibles, verbaux ou non, par lesquels on amène au jour ce qui est posé comme vrai par opposition au faux, au caché, à l’indicible, à l’imprévisible, à l’oubli ». Cette notion est importante pour nous car elle permet de définir le journalisme comme une alèthurgie. En effet, par le savoir posé en vérité sur le monde qu’il institue, le journalisme se légitime, s’institutionnalise lui-même, s’élabore en pouvoir. L’alèthurgie est donc la condition de l’exercice d’un pouvoir journalistique, d’un « gouvernement des journalistes » (Rémy Rieffel, Roselyne Ringoot, Jean-François Tétu et Adeline Wrona, 2012). Elle est un enjeu communicationnel majeur du journalisme.

Or et comme nous l’avons vu ci-dessus le trépas comme figure de l’altérité et plus particulièrement du non-savoir, rend a priori impossible le discours alèthurgique puisqu’on ne peut produire de savoirs dessus. Le trépas comme figure de l’altérité invite à penser aussi le journalisme dans son impuissance à produire du fait vrai et donc à penser autant la possibilité d’une opérativité symbolique de l’alèthurgie (Louis Quéré,1982) que sa mise en échec qui ne peuvent être appréhendées que parce que le trépas est textualisé. Proposer une approche communicationnelle de l’alèthurgie c’est donc envisager l’alèthurgie comme processus qui soutient l’institutionnalisation du journalisme, mais c’est aussi considérer l’alèthurgie comme prétention communicationnelle. Cette notion, forgée par Yves Jeanneret (2014), désigne « le lien qui s’établit entre une conception de la communication et un projet d’intervenir sur elle ». De fait, envisager l’alèthurgie comme prétention communicationnelle, c’est considérer que celle-ci en tant que construction peut être envisagée sous l’angle de son opérativité symbolique, comme sous celui de sa mise en échec. Les médiations journalistiques du trépas renvoient à une tension entre journalisme comme pouvoir et journalisme comme impuissance. Cette tension entre pouvoir et impuissance alèthurgique du journalisme est rendue visible à travers deux régimes de l’écriture du trépas. Au même titre que Muriel Pic, Barbara Selmeci Castioni et Jean-Pierre Elslande (2012) montrent que les figures du non-savoir affectent la nature de la littérature, nous souhaiterions montrer que les figures de l’altérité affectent la nature du journalisme, questionnent son institutionnalisation et les marges de son institutionnalisation. 

LE REGIME « SUPRA-ORDINAIRE » DU TREPAS OU LA MISE EN VISIBILITE DU PROCESSUS D’INSTITUTIONNALISATION DU JOURNALISME

Le régime supra-ordinaire renvoie ici aux procédés journalistiques de construction de savoirs en vérités sur le monde ; il renvoie donc à l’alèthurgie journalistique telle que nous l’avons définie plus haut. Comme nous allons le voir ici, le régime supra-ordinaire du trépas répond aux enjeux communicationnels du journal faisant du trépas un sujet d’information centré moins sur les savoirs que les valeurs, quitte à reprendre ou détourner les mécanismes journalistiques ordinaires.

Annoncer le trépas, signaler les renommées des hommes

Le trépas comme sujet d’information en 1882 – et donc, aux débuts du processus d’institutionnalisation du journalisme - renvoie à la mise en scène du passage de la vie à la mort des hommes illustres. Écrire le trépas dans le journal de 1882, c’est en effet signaler l’importance des hommes et la présence du trépas dans un article indique déjà la renommée d’un individu. On peut relever que les modalités d’écriture du trépas varient suivant la renommée que veut bien accorder chaque titre à la personne mourante. Moins la personne est reconnue, plus le volume du texte se réduit et se trouve relégué dans les pages intérieures du journal. D’ailleurs, le trépas n’apparaît pas, par exemple, dans les petites annonces en dernière page. Pour les hommes célèbres, souvent hommes politiques ou militaires haut gradés, des articles relativement courts paraissent chaque jour, banalisant ainsi le trépas des hommes illustres.

Le trépas des grands hommes est quant à lui moins fréquent : pour la seule année 1882, seules les annonces nécrologiques de Louis Blanc et de Giuseppe Garibaldi se distinguent dans notre corpus, s’étalant sur plusieurs jours en première page du journal. Celui de Victor Hugo qui a lieu trois ans plus tard, en 1885, est emblématique d’une médiatisation très forte du trépas qui participe au processus de construction des grands hommes dont le propre est, selon Adeline Wrona (2010), de « souder une mémoire collective autour d’une vie élevée au rang de symbole ». Retrouvé en Une du journal plusieurs jours de suite dans les quotidiens nationaux, l’événement laisse davantage place à une poïétique du trépas raconté sous une forme romantique (le trépas comme combat, renvoyant ainsi au sens étymologique de l’agonie), en même temps qu’elle exemplarise le trépas : pour Victor Hugo par exemple, il s’agissait de « rester lucide ». L’expression d’un affect énoncé sous une forme collective est par ailleurs le signe de la grandeur de l’écrivain. « On ne s’était pas préparé à cette idée que la France puisse avoir à le pleurer un jour », déplore ainsi le journaliste Maxime Boucheron[1]. A l’inverse, l’expression de cet affect collectif passe généralement par des écritures plutôt routinisées et protocolisées pour les hommes de moins grandes renommées, comme c’est le cas par exemple avec le trépas du général de Cissey :

Nous avons le regret d’apprendre que l’état du général de Cissey s’est sensiblement aggravé depuis deux jours, et que les médecins ne conservent que peu d’espoir de sauver le malade. Les nouvelles que nous avons fait prendre hier soir à minuit laissent entrevoir comme très prochaine la crise finale.[2]

Dans ce passage, on voit bien en quoi l’écriture du trépas peut intégrer des protocoles d’écriture pouvant s’appliquer à d’autres hommes. Entre mécanisme d’exemplarité et routines, raconter le trépas permet de signaler aux publics, en même temps qu’elle participe de ce processus, la renommée des hommes. Avec l’institutionnalisation du journalisme reposant sur un modèle objectif de l’information, la médiatisation du trépas des hommes porte davantage sur ce que nous appellerons, en regard de la catégorie des « contemporains célèbres » proposée par Adeline Wrona (2012), les « contemporains inconnus ».  

La « fin de vie » ou l’écriture d’un problème public contemporain

L’expression de « fin de vie » est un régime de signification spécifique du trépas, proprement contemporain. En effet, la « fin de vie », expression quasi inexistante au XIXe siècle, est devenue aujourd’hui une expression couramment mobilisée et naturalisée dans le discours journalistique. Il est difficile d’en déterminer l’origine et la définition car la « fin de vie » recouvre des enjeux multiples : elle peut être mobilisée pour signifier autant la vie que la mort, voire une « dégradation » ou une « déchéance » suivant les acteurs qui l’énoncent, discours que les journalistes vont citer et réécrire. La « fin de vie » semble réunir les conditions permettant de la considérer comme formule, suivant la définition qu’a donnée Alice Krieg-Planque (2009), c’est-à-dire « un ensemble de formulations qui, du fait de leurs emplois à un moment donné et dans un espace public donné, cristallisent des enjeux politiques et sociaux que ces expressions contribuent dans le même temps à construire ». Elle signale de surcroît le moment où le trépas devient un problème public. Présenté comme un « sujet sociétal » dans un article du Figaro[3], la « fin de vie » renvoie en réalité à un phénomène discursif que l’on pourrait qualifier de polémique, selon la définition qu’en donne Ruth Amossy (2014) : « une gestion verbale du conflit effectuée sur le mode du dissentiment », entre les acteurs des soins palliatifs, d’une part et les militants de la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, d’autre part. La « fin de vie » renvoie à un questionnement éthique au sens de Paul Ricoeur (1990) – autrement dit comme « visée de la vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes » - qui gravite notamment autour de ce qu’il convient de faire pour les personnes gravement malades, de la responsabilité de la société à l’égard des individus exprimant le souhait d’une euthanasie ou d’un suicide assisté, de la différence à faire ou non entre « faire mourir » et « laisser mourir » cristallisée aujourd’hui autour de la question médicale et éthique de la sédation. La dite « affaire Vincent Lambert » présente dans les journaux de 2014 témoigne de ces questionnements, alors que Vincent Lambert n’est pas « en fin de vie » mais maintenu en vie artificiellement, dans un état qualifié par les médecins de « pauci-relationnel ». Ce qu’il est notamment intéressant de relever ici, c’est que le trépas comme figure de l’altérité devient une affaire de positions, où la légitimité de la parole experte est questionnée. Dans le cadre du débat sur la « fin de vie », cette dernière est moins convoquée dans l’autorité qu’elle incarne habituellement que comme une parole parmi d’autres, dans le souci d’une mise en œuvre polyphonique dans le journal.

Ainsi, du trépas des hommes illustres à la « fin de vie », le trépas se fait « actualité chaude », apparaît dans les premières pages du journal (les pages « L’Evénement » et « Société » du Figaro, « France » du Monde) dont la Une, avec l’évolution du journal comme support. Le processus d’institutionnalisation du journalisme est rendu observable grâce à un objet comme la « fin de vie », qui est un des régimes de signification du trépas. La « fin de vie » permet d’observer le savoir-faire journalistique à l’œuvre dans la mise en scène d’un problème public du trépas et de ses protocoles d’écriture. Elle est également un moyen, comme nous allons le voir, de maintenir le témoignage que l’on pouvait penser impossible à mettre en œuvre.   

Étirer le temps du trépas, maintenir la possibilité du témoignage

Les représentations de cette figure de l’altérité qu’est le trépas dans le journal interrogent tout particulièrement le témoignage. Selon le Dictionnaire historique de la langue française qui définit la notion de témoin, « le mot français a cumulé les sens de testimonium et de testis renvoie tout d’abord à de l’attestation juridique et de « personne qui peut certifier une chose ». Le témoignage sert la prétention alèthurgique et l’écriture du fait vrai ; il s’inscrit dans un modèle objectif de l’information, qui comme nous l’avons déjà évoqué brièvement, pose problème avec le trépas parce qu’on ne peut a priori pas témoigner de son expérience de passage de la vie à la mort. L’écriture de la « fin de vie » a pour autre effet de restaurer la possibilité du témoignage de celui qui se sait proche de la mort. Sur le plan sémiotique, la « fin de vie » étire en effet la temporalité du trépas, permettant au témoignage de la personne concernée de se maintenir. Ceci est lié notamment au lien qu’entretient le journalisme avec la médecine, et plus particulièrement les soins palliatifs. En effet et selon la définition que propose la Société Française d’Accompagnement et de soins Palliatifs, « les soins palliatifs sont des soins actifs délivrés dans une approche globale de la personne atteinte d'une maladie grave, évolutive ou terminale. L’objectif des soins palliatifs est de soulager les douleurs physiques et les autres symptômes, mais aussi de prendre en compte la souffrance psychologique, sociale et spirituelle »[4]. Bien que les soins palliatifs ne soient pas dispensés qu’aux personnes dites en phase terminale d’une maladie, les personnes gravement malades peuvent être nommées comme « en fin de vie » dans le journal, par un jeu de glissement sémiotique.

L’allongement du temps de vie avec une maladie grave, la mise en jeu de l’euthanasie (au sens contemporain du terme) comme mort programmée dans ce débat et la montée en puissance du fait vrai dans le journal ont pour incidence la restauration du témoignage de la personne malade. Ainsi peut-on lire les propos suivant d’une personne malade, dans un article du Monde :

« Paradoxalement, remarque-t-elle, Dignitas, l’association qui va provoquer ma mort, m’a sauvé la vie. Savoir que cette solution existait m’a permis de vivre ces derniers mois avec joie et légèreté.»[5]

Dans le débat sur la « fin de vie », les témoins sont aussi souvent les proches qui peuvent témoigner de leur propre souffrance. Ce phénomène a été étudié par Marie-Christine Lipani-Vaissade qui a montré, dans le cas de la médiatisation dans la presse française du crash d’un Boeing près de Charm el-Cheikh (Egypte) en 2004, que lorsque les personnes concernées ne peuvent témoigner, ce sont leurs proches qui témoignent. Elle y explique que ces personnes « témoignantes » « sont utilisées comme témoins, mais témoignent d’elles-mêmes, de leur état et de leur ressenti ». On peut lire par exemple, au sein du même article que celui cité ci-dessus, le témoignage d’un « ami proche » :

Lorsque le soir, après le dernier repas au restaurant de l’hôtel, tout le monde est parti se coucher, « on s’est tous dit, en lui disant bonne nuit, que c’était la dernière fois », soupire-t-il.[6]

Ici, c’est bien le journaliste qui donne au proche toute sa place de « témoignant » en mobilisant l’expression « soupire-t-il ». Dans le cas de la « fin de vie », les proches sont aussi là pour témoigner de ce que la personne aurait souhaité quant à sa vie ou à sa mort, en particulier lorsque celle-ci est encore vivante mais ne peut plus s’exprimer : c’est le cas de Vincent Lambert et de la mise en scène médiatique du déchirement entre ses proches. Le titre d’un article paru dans Le Monde le 18 janvier 2014, qui est en même temps une citation de la femme de Vincent Lambert (« Je souhaite que l'on respecte Vincent, au-delà des considérations idéologiques ») est emblématique de ce phénomène, tout autant que le passage suivant tiré d’un article du Figaro mentionnant qu’il s’agit d’ « aller au bout d’une promesse jamais formulée mais évidente entre eux : ne pas laisser son mari dans un état de "dépendance" qu’"il aurait refusé"»[7]. Le journalisme, ainsi, parvient à maintenir le mécanisme que l’on pensait impossible du témoignage. Ce phénomène est rendu possible par le lien qu’entretient le journalisme avec la médecine et la clinique, dans un contexte où l’on vit de plus en plus longtemps avec des maladies graves. Que ce soit le trépas des hommes plus ou moins illustres ou la « fin de vie », le régime supra-ordinaire a pour effet d’invisibiliser d’autres discours du trépas, sur lesquels nous proposons à présent de porter une attention spécifique. 

LE RÉGIME INFRA-ORDINAIRE DU TRÉPAS OU LA TEXTUALISATION DES MARGES DU JOURNALISME

La dernière partie de cette communication traitera du régime invisible, infra-ordinaire (George Perec, 1989) du trépas dans le journal. Nous verrons que les médiations dans le journal ne sont pas seulement journalistiques : le programme télévisuel, les mots croisés et les mots-fléchés, les publicités constituent des formats médiatiques du trépas. Nous verrons également que ce régime réactive le lien historique entre littérature et journalisme (M.-E. Thérenty, 2007) mais peut être également très normative, voire empreinte de stéréotypie (R. Amossy, A. Herschberg Pierrot, 2014). Le régime infra-ordinaire du trépas témoigne d’une tension entre poïétique et stéréotypie, entre information fictionnalisée et médiations journalistiques des valeurs. 

Le trépas dissimulé et la mise en jeu de la différence entre journalistique et médiatique

Si l’on sait que le journalisme ne peut pas tout savoir et tout dire, il est intéressant d’observer que ce non-savoir est textualisé par le biais d’une figure de l’altérité comme le trépas. Envisager le trépas comme une figure – de l’altérité, du non-savoir, du neutre - permet de « garder les valeurs de fiction et de feinte qui marquent la forme de manifestation du projet », comme l’évoque Louis Marin (1994). Ainsi, le trépas est textualisé dans le journal mais selon des modalités particulières. En même temps que le journalisme le dit, il l’invisibilise suivant un régime infra-ordinaire. Le trépas comme figure de l’altérité permet, par conséquent, de rendre visible les marges et limites du processus d’institutionnalisation en journalisme. Ce dernier repose sur une présence furtive du trépas, quasi invisible, sous forme de quelques mots ou d’un court passage dans un texte plus global, dont nous allons évoquer quelques exemples. Dans ce régime, le trépas déborde les protocoles d’écriture journalistiques, tout en s’insérant dans des textes qui se fondent sur ces protocoles.

Nous avons vu que la « fin de vie » renvoie à une conception figée à la fois de la mort et du journalisme ; avec le trépas en régime infra-ordinaire, nous débusquons des pratiques invisibilisées par les journalistes mais aussi des pratiques autres que le journalisme réalisées par d’autres auteurs du journal. C’est ainsi que nous pouvons repérer du trépas au sein de la publicité au sein des deux périodes étudiées. Dans le journal contemporain seulement, parce que son contenu s’est étoffé et diversifié avec le temps, on retrouve aussi du trépas au sein des mots croisés, du programme télévisuel, par exemple, comme en témoignent les exemples ci-dessous. 

 2017 revue fontaine1  2017 revue fontaine2
Figure n°1 : Publicité charlatanesque pour les capsules Dartois, auteur inconnu, Le Figaro, 1er et 13 mai 1882, p. 4[8]

Figure n°2 : Problème n°3457, par Vincent Labbé, Le Figaro et vous, le 25 avril 2014, p. 31

 

Cette communication vient donc appuyer la différence proposée par Roselyne Ringoot (2014) entre le journalistique et médiatique :

Distinguer le médiatique et le journalistique semble aujourd’hui incontournable, car si le journalisme est intrinsèquement lié aux médias, il y occupe une place somme toute limitée. L’extension du domaine médiatique rend de plus en plus caduque la synonymie encore entretenue entre les deux termes.  

Ainsi, le régime du trépas demeure au XXIe siècle, mais plus dans les mêmes espaces du journal, plus sur le plan de l’institutionnalisation. Le journalisme rejette dans les marges ce qui, auparavant, était au centre, au cœur du journal. Ceci n’empêche pas toutefois que le journalisme demeure pris dans une tension entre essayer de rendre familière l’altérité et la volonté de la traiter comme telle.

Figer et rejouer le passage de la vie à la mort des contemporains : le journal comme lieu de ritualisation

Aujourd’hui le trépas des hommes illustres a nettement diminué dans les nécrologies des hommes célèbres, bien que la naissance de la nécrologie ait ritualisé l’expression du deuil collectif autour des hommes illustres. Les nécrologies sont en effet « une des formes modernes du rite funéraire en Occident », comme l’a démontré Marie-Laure Floréa (2015), Il est toutefois intéressant de constater que l’écriture de la mort des hommes illustres ne passe que peu par l’écriture du trépas. Dans le journal contemporain, le trépas est davantage mobilisé lorsqu’il touche aux contemporains inconnus – notion que nous proposons en écho à celle des contemporains célèbres forgé par Adeline Wrona (2012). En effet, le trépas des contemporains inconnus se retrouve majoritairement dans les faits divers en 1882. Or, les faits divers n’ont que peu de place au sein des deux titres contemporains que nous étudions ; l’écriture du trépas des contemporains inconnus s’est déplacée des faits divers aux « carnets », correspondant aux petites annonces contemporaines de décès, de naissance, de mariage… Si les petites annonces existaient déjà en 1882, le carnet contemporain propose en effet de faire rejouer, en particulier par le biais d’une rubrique « souvenirs », la scène du passage de la vie à la mort d’un proche par la mobilisation d’expressions figées, ritualisées dans un texte lui-même protocolisé (bien que Le Monde contrairement au Figaro ait aujourd’hui tendance à s’ouvrir davantage à une poétique, une personnalisation des annonces).

Cette stéréotypie n’est pas nouvelle et est fortement présente dans le journal durant nos deux périodes étudiées. La médiatisation du trépas des hommes illustres en 1882 en est le parfait exemple et rejoint en ce sens les faits divers de la même époque : « expirer », « rendre son dernier souffle », « état désespéré » sont des expressions très régulièrement mobilisées pour qualifier le trépas. Notons au passage que ces expressions sont très médiagéniques (Philippe Marion, 1997) au sens où elles figurent ce passage de la vie à la mort. En 2014, cette stéréotypie se retrouve donc dans les carnets, mais aussi dans la formule « fin de vie » étudiée plus haut et a pour effet de figer une expression du trépas. Ainsi, la création de valeurs qui fige, familiarise, exemplarise le trépas témoigne d’une volonté, d’un désir journalistique de neutraliser le caractère autre du trépas, de rendre familier l’infamilier. Ceci se réalise dans le cadre d’une tension avec une poïétique dans les espaces où le journalisme joue avec ses propres frontières, est moins centré sur le « fait vrai » que sur son rapport à la littérature.   

Poïétique journalistique du trépas ou la réactivation du lien historique entre journalisme et littérature

Cette figure de l’altérité qu’est le trépas passe également par une poïétique, capacité que peut avoir un journaliste à créer par le texte et que l’on peut différencier de la stéréotypie repérée plus en amont, qui se définit par sa répétition. Débusquer le trépas en régime infra-ordinaire nécessite de ne pas préjuger des discours et donc, de ne pas passer par exemple par une recherche par mots-clés dans l’étape de la constitution de corpus. Le régime infra-ordinaire en poïétique ne peut se laisser saisir que par le biais d’une lecture intégrale du numéro de journal, par une tactique de contournement de l’information signifiée par le chercheur. La poïétique du trépas réactive le lien historique entre journalisme et littérature.

Ce lien explique la présence plus nombreuse du trépas dans Le Figaro comparé au Petit Journal, ce qui à première vue, peut paraître surprenant. On sait en effet que Le Petit Journal, l’un des plus grands représentants de la petite presse en 1882, est un journal « à sensations », propre à évoquer la mort et donc aussi, peut-être, le passage de la vie à la mort. Or, c’est tout l’inverse qui se produit : c’est Le Figaro, plus proche d’un régime littéraire que de celui du « petit fait vrai » du Petit Journal (Marie-Ève Thérenty, 2007) qui met davantage en scène le trépas. Le trépas se retrouve de manière très diffuse dans le journal et à plus haut degré dans les espaces dédiés à la littérature dans le périodique, comme les romans feuilletons ou le supplément littéraire du dimanche du Figaro. Dans ce dernier, on retrouve par exemple et à l’occasion de la mort de l’écrivain Auguste Barbier, une republication de ses poèmes dont l’un évoque la mer « se roulant sur le sable et déchirant la terre, avec le râle d'un mourant »[9]. Malgré le passage du régime du possible au régime du fait vrai qui accompagne la prétention alèthurgique du journalisme, on retrouve ce lien entre journalisme et littérature dans des espaces beaucoup plus circonscrits du journal. En effet et comme l’évoque Marie-Ève Thérenty (2007) qui travaille sur le rapport entre littérature et journalisme, « la littérarisation du journal passe notamment par une fictionnalisation du quotidien […] » et on repère que l’information fictionnalisée du trépas est toujours présente dans le journal, dans des espaces beaucoup plus délimités. Il s’agit des espaces culturels et littéraires et des suppléments du journal, au sein desquels apparaît certes furtivement mais massivement, le trépas. Il s’agit par ailleurs d’espaces proposant un rapport spécifique à la temporalité dans le journal, correspondant aux actualités « froides ». C’est ainsi que l’on peut lire dans Le Monde des Livres qu’un ouvrage présenté dans l’article « raconte l'agonie d'une vieille femme. Une mère veillée par ses enfants qui s'entre-déchirent »[10]. Ces espaces entretiennent non seulement un rapport spécifique au récit mais aussi à la fiction, qui autorise l’impossible en journalisme face à l’altérité. On peut le voir par exemple dans l’écriture de la pensée d’un mourant, proposée par François Angelier dans Le Monde des Livres :

« Le 14 septembre 1982, un accident de moto confia brutalement le romancier John Gardner aux bons soins de la mort. Il avait 49 ans. A qui ce fragile colosse blond, à la veille d'un troisième mariage, rescapé d'un cancer, miné par l'alcool, destina-t-il ses ultimes pensées ? A son jeune frère Gilbert, dont le trépas accidentel l'avait endeuillé à vie et profondément culpabilisé ? A son fermier et prédicateur de père et à sa mère institutrice qui lui avaient donné le goût de la lecture ? A Shakespeare, l'idole de sa famille ? A Geoffrey Chaucer, son auteur fétiche, l'inventeur des Contes de Canterbury ? A son amie Joyce Carol Oates ? Aux étudiants auxquels il enseignait la dure ascèse de l'écriture ? Lui seul le sait. »[11]

Ce phénomène renvoie à « l’importance littéraire du fait médiatique », d’après l’expression de Dominique Kalifa, Philippe Régnier, Marie-Ève Thérenty et Alain Vaillant (2011), toujours présente aujourd’hui dans le journal. Cette dernière demeure importante à penser avec le journal contemporain car elle montre que le régime infra-ordinaire du trépas est pris dans une tension entre normalisation et poïétique, entre familier et infamilier, tension soulignée par Vladimir Jankélévitch (1977) à propos de la mort.

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CONCLUSION

En passant du discours du journal sur le trépas au discours sur le journal (A. Lévrier, A. Wrona, 2013) et le journalisme, nous montrons que le journalisme s’institutionnalise par la mise en avant d’une objectivité, d’une neutralisation, de la montée en puissance du fait et de l’escamotage du possible. Ceci a été rendu visible par le repérage d’une évolution entre deux régimes possibles que nous avons qualifiés d’infraordinaire (XIXe siècle) et de supraordinaire (XXIe siècle), autrement dit le passage d’un régime de discours à un autre. Nous montrons également comment les médiations du trépas comme figure de l’altérité conduisent à réinterroger la fonction revendiquée d’un média, « faire savoir », située entre information, communication et savoirs. En proposant le concept de « prétention alèthurgique », nous montrons qu’une étude des représentations du trépas contribue à poser la différence entre le journalistique et le médiatique (R. Ringoot, 2014). Car interroger les médiations du trépas dans le journal, c’est aussi poser la question de l’institutionnalisation du journalisme et de ses marges. Comme l’évoque Denise Jodelet (2005),  « si l’autre se définit par rapport à un même, le même s’affirme autant relativement à l’autre qu’à soi ». Le trépas apparaît comme une occasion d’étudier l’affirmation du journalistique dans le médiatique et soutient la thèse d’une réinvention permanente du journalisme (Roselyne Ringoot, Jean-Michel Utard, 2005).

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[1] « Le 22 mai », par Maxime Boucheron, L’Echo de Paris, 24 mai 1885, p. 1

[2] « Peu d’espoir de sauver le général de Cissey », par Le Masque de Fer, Le Figaro, le 25 mai 1882, p. 1-2

[3] « Hollande rend sa présidence révoltante », par Ivan Rioufol, Le Figaro, 31 janvier 2014, p. 15

[4] En ligne sur : http://www.sfap.org/rubrique/definition-et-organisation-des-soins-palliatifs-en-france (page consultée le 28 mai 2016)

[5] « Le dernier voyage », par François Béguin, Le Monde, 10 mars 2015, p. 16

[6] Ibid.

[7] « Rachel Lambert : le "laisser partir", son "geste d’amour"», par Delphine de Mallevoüe, Le Figaro, les 15 et 16 février 2014, p. 13

[8] Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

[9] « La Popularité », par Auguste Barbier, Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche, le 18 février 1882, p. 26

[10] « La splendeur du grognon », par Florence Noiville, Le Monde des Livres, le 25 avril 2014, p. 10

[11] « Le diable s’est arrêté à Batavia (Etat de New-York) », par François Angelier, Le Monde des Livres, le 14 mars 2014, p. 9


Auteur

Maud FONTAINE
Doctorante en Sciences de l'Information et de la Communication
Laboratoire GRIPIC (EA 1498) 
CELSA Paris Sorbonne 


Citer cet article

Fontaine, M., (2017). Trépasser dans le journal. Régimes quotidiens d’une figure de l’altérité (comparaison entre 1882 et 2014). Revue COSSI, n°1-2017 [en ligne].

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